MEMORIES & CIGARETTES

MEMORIES & CIGARETTES


En réalité, c'est ça la vraie magie.



# Online seit Montag, 27. Juli, 2009 um 07:54

Geändert am Samstag, 26. Dezember, 2009 um 05:48

P R O L O G U E.

P R O L O G U E.











____ Genèse.














Il y a ces âmes en peines, bramant ce sinistre refrain. Cette litanie, qu'ils vous clament avec conviction. Exister est inutile. Et nous, aussi incertains et miséreux, que pouvions nous répondre ? Les dires du malheur semblent toujours véridiques, seulement parce qu'ils dépendent de la fatalité. Certainement, les hommes s'en abreuvent chaque jour. Parce que, quoi que l'on puisse faire, ça se termine conformément par elle. La mort. Alors, comment ? Comment attacher de l'importance à chacun de ses actes ? Quand irrévocablement, nos êtres subissent tribulation. Et nous savons que s'en suit poussière.
Exister est inutile. Moi-même, certains jours, je susurrais cette rengaine. J'ignorais à quel point cette idée était fausse et d'une banalité austère. J'ai vu que la vie humaine pouvait être salutaire. Bien plus que la foi, la raison, les sentiments. L'homme qui a vécu peut sauver. Ma survie découle d'une rencontre salvatrice, immensément précieuse.

Il s'appelait Franck, et c'était un vieux magicien.

Franck habitait Montmartre. Il n'aimait pas Paris mais à Montmartre, il y avait tout ce que Franck adorait. Franck travaillait dans un cabaret. Le néant. Un théâtre obsolète, un peu démentiel, avec des cercueils en guise de tables. Mais Franck aimait bien Le néant. Il y avait vécus des années de spectacles, d'ivresse, d'amour et de vice. Oui, il aimait cet endroit, bien qu'il s'observait vieillir avec lui. Franck avait 64 ans, mais on le disait usé depuis des années. Paraît il qu'il devenait sénile. Je ne l'ai jamais remarqué. Franck n'était pas si fou qu'on le disait. Bien sûr, le temps l'avait fatigué. Il était un peu paumé, un peu absent. Mais c'était un homme lucide. Il savait très bien que ses tours de magie ne dupaient personne, qu'on allait le virer parce qu'il devenait trop vieux. Il savait qu'il devait cacher ses bleus, envoyer une dernière lettre à son fils et qu'il aurait dû arrêter la clope il y longtemps. Oui, sa lucidité le décimait, parfois. L'homme lucide souffre. Et Franck s'étiolait comme je m'abîmais. Nous étions déchus. Étrangement, je l'étais un peu plus.

Pourtant à l'aube d'une jeunesse ô combien réjouissante. Indépendante, casée et passionnée. Mais ça ne suffit pas, dans l'immonde réalité. Et mon espoir était aussi hyalin qu'un gouffre de décrépitude. J'étais laide, névrosée, anorexique. Tant d'autre choses, encore. Parce qu'en réalité, quand je me retourne vers le passé, les années avant notre rencontre semblent filer au vent du souvenir, errant en une nuée de lambeaux identiques et pâles. Je ne sais plus trop à quoi je ressemblais. Cette période est si ardemment ancrée en moi qu'elle fait très mal, beaucoup trop mal pour s'en souvenir dans les détails. J'étais défunte, éteinte, fantôme. J'aimais pour de faux, je vivais pour de faux, je regardais pour de faux. C'est tout. L'½il au ciel, l'air chagrin. Se traînaient mes jours, ternes et tristes. Je prônais depuis toujours l'hygiène mentale de la non-ingérence. Je laissais le monde tranquille. J'étais livide et neutre. J'étais Loue, la malheureuse.

Heureusement, un jour, il y a eu Franck.

Et ici, c'est son histoire. Un peu la mienne, aussi. Ce sont ses mémoires, qu'il me comptait chaque jour. Ce sont nos deux vies, mêlées savamment par le destin. Et toute ma reconnaissance, parce qu'il a ébranlé mon être et redonner du souffle à mon âme.



# Online seit Sonntag, 09. August, 2009 um 14:04

Geändert am Sonntag, 23. August, 2009 um 12:07

C H A P I T R E. I

C H A P I T R E.   I











Les affres guident l'homme.














La nuit tombait sur Paris. Les lumières s'allumaient dans les rues, autour des maisons, sur les grandes barres multicolores au dessus des cafés et des cinémas. La plupart des gens trouvent que Paris, le soir, c'est magnifique. Moi, j'ai toujours eu peur des ténèbres de la ville. Ici, il y a ces endroits qui vous paraissent toujours inconnus, ces ruelles ceinturées d'ordures, ces avenues derrière un parc succinct. Ces passages étriqués ou l'éclairage alentour se réverbère seulement sur des visages effrayants, des yeux brûlants de luxure. Alors, je marchais vite. Je fuyais. Je me glissais comme une ombre. Je grimpais l'escalier telle une voleuse. Et quand j'avais enfin atteint la porte de mon appartement, quand les talons de mes escarpins excavaient le paillasson, quand ma main tremblait sur la poignée, j'aurais tout donné pour retourner à mon affreuse valse nocturne plutôt que de rentrer chez moi.

Quand on y pense, c'est triste.

Je finissais sur mon divan. Quand tout était endormi autour de moi, et que David ronflait dans la chambre à côté. Les yeux ouverts dans la pénombre, une cigarette entre les lèvres, je pleurais silencieusement jusqu'à ce que je n'aie plus peur. Parce que j'avais peur de tout. Le monde m'angoissait. Les voisins, les parents, les amis, les enfants, les rues étroites, les appartements, les chambres humides et froides, les hôpitaux, les chats noirs, les routes du centre ville, le métro, les barmans, les grosses voitures, les hommes d'affaires, les églises...J'étais craintive et paniquée .

En réalité, j'étais folle.

Il me semble, aujourd'hui, que c'est pour cela que l'on ma virée. Je travaillais dans un magasin de textile, mais un jour, j'ai eu peur des machines à coudre. Et il y avait David. David était irrévocablement amoureux de ma maigre personne. David était un artiste, il dessinait votre âme au fusain, seulement pour quelques sous. Il avait comme ambition de vivre de son don. Alors pour lui, j'enchaînais les boulots. Avec toutes mes phobies, je lui devais bien ça. Parce que même si mon amour n'était pas aussi fort que le sien, David possédait le regard du secret qui entrait en moi et atteignait mon c½ur. Qu'importent les rues pièges de notre citée d'abîme et notre studio délétère de 15 mètres carrés. Le regard ivre de mon artiste effaçait tous les obstacles. Il avait le sourire ironique, les traits déliés et de la lumière dans les yeux. Mais derrière son éclat, je ressentais une profonde détresse. Je désirais m'offrir pleinement à son génie et lui faire oublier ses ennuis. C'est pourquoi, le jour ou j'ai eu peur des machines à coudre, j'ai décidé de m'égarer dans l'esquille brillant de Montmartre.

Je flambais devant ces maisons bancales et hautes, ces bâtiments gris qui semblaient parler, ces places, ces avenues. Il y avait aussi des clochards, grognant après des gosses en vélo qui effleuraient leurs chapeaux presque vide. J'ai toujours aimé les mendiants. Saisir leurs mains et leurs sacrifier quelques pièces. Ça les rend heureux, même s'ils reprennent rapidement un air dépité et dédaigneux. Ils se postaient devant des restaurants qui m'avaient l'air accueillants, ou bien à l'entrée des commerces. Je me souviens d'une vieille gitane, qui gémissait derrière son voile. Je lui avait offert ma dernière pièce et c'est à ce moment que je l'ai remarqué. Le néant. Cet étrange cabaret, on aurait dit mon ancêtre.

L'intérieur était lugubre. Les murs de pierres étaient noir et émeraude, tapissés de toiles anciennes. Ce qui avait le plus attiré mon attention dans ce décor hideux, c'était l'éclairage venant de bougies enfoncées dans des crânes en plastique. Je riais devant ce panorama sordide. Malgré mon rire sans bruit, une femme était venus m'accoster. Elle ne s'était pas présentée, elle était blonde, grande et quand elle parlait on distinguait des diamants rouge incrustés sur ses dents. Elle croyait que je voulait être danseuse et elle me trouvais trop maigre pour le job. Alors je l'ai laissée là, près des toiles d'araignées, et je me suis dirigée vers le bar. Par chance, il y avait un papier accroché sur le rebord du comptoir, qui proposait un poste de serveuse. J'étais la seule qui s'était présentée. En 10 minutes, la femme blonde m'avait accordée une semaine d'essais. J'ai su qu'elle s'appelait Claudia, qu'elle avait 42 ans, qu'elle avait héritée du Néant de ses parents et que ses flots de paroles me déclenchaient des maux de tête.

Et puis en me dirigeant vers la sortie, j'ai vu Franck.

Il était debout sur la scène, les yeux dilatés, les jambes courtes, les souliers cirés, les cheveux blancs qui tombaient sur ses tempes et au bout des doigts, la fumée blanchâtre d'une cigarette américaine. Il était vêtus d'un complet veston noir et il avait un chapeau de magicien. Et je me suis dit que s'il faisait vraiment de la magie, j'avais enfin trouvé l'endroit où je n'aurais plus pleur. Rien que pour cela, le vieux Franck me plaisais déjà.


# Online seit Freitag, 21. August, 2009 um 16:13

Geändert am Sonntag, 18. Oktober, 2009 um 07:34

C H A P I T R E. II

C H A P I T R E. II












Attendre son tour.
















J'appartenais au Néant. J'ignorais depuis combien de temps. Peut être à l'instant même ou je l'avais découvert. Peut être que je ne savais pas vraiment pourquoi. Peut être que je ne le sais toujours pas. Je partais tôt, affrontant le froid d'automne sous mon vieux manteau gris. Je montais les escaliers, traversais Montmartre, un peu trop morne et brumeux, et je m'échouais sur les marches du Sacré c½ur. Je restais nichée là, près des bohèmes et des vendeurs de bijoux. Et chaque matin, il y avait un très grand vide. Il y avait Paris, encore appesanti. Et le vide. Il faisait froid, je me serrais sous mon manteau et je fumais les dernières cigarettes que je pouvais me payer. Je m'imaginais sur une falaise, interminable et délaissée. Les pigeons dormaient encore sur les corniches. J'avais mal à la gorge et j'étais éreintée. Mais c'était canonique. Ce vide matinal m'adjurait perpétuellement.

Et, toujours, je me retrouvais sur la pierre, dans le froid.

J'attendais le vieux couple. Il venait s'asseoir tous les matins sur le banc de droite. Le même, continuellement. Le vieux couple venait réveiller les pigeons. Il leur jetait des quignons de pain et ça les enjôlait. Parfois, le vieux couple était accompagné d'une petite fille aux cheveux bouclés. Et leurs yeux brillaient devant le joli minois de l'enfant. Mais depuis quelques temps, je les attendais et ils ne venaient plus. Et sans eux, le vide était plus grand. Le mal de gorge plus fort. Et le souffle plus court. C'est fou, comme je m'attachais vite à l'âme humaine. Alors, je me languissais que vienne l'heure de retrouver mon repaire. Je ne parlais pas aux gens. Je les regardais seulement passés. Je me faisais aussi invisible qu'une ombre. Et je savais que je n'étais pas vue, parce que ma peau était aussi terne que la pierre. Mais moi, j'observais. Il y a pleins de visages à Montmartre, et ils sont tous différents. Ils affluaient en fin de matinée. Et je les regardais être. Ça n'étonnait plus personnes, ils étaient habitués de me voir recroquevillée sur les deux dernières marches. Peut être qu'ils me prenaient pour une mendiante. Ici, nous avions tous l'air pauvres et paumés. Je comptais les minutes, les heures. Et un jour, soudainement, j'ai arrêtée d'attendre. La brume s'en était allée.

Le vieux Franck était là, sur le banc du vieux couple.

Je m'étais éveillée, sans y penser. Et en quelques secondes, j'étais à ses côtés. Ses yeux verts étaient tout embués d'émotion. Il me regardait sans vraiment me voir. Il était courbé sur le banc, le menton dans son écharpe rouge. Ses souliers étaient bien cirés, comme toujours. Franck avait de l'allure, mais sont visage était ridé et sa peau trop sèche. Au néant, il était toujours aimable et poli avec moi. Mais là, il demeurait silencieux. Il ne disait rien et j'avais la sensation de ne pas être là. C'était pire que de me confondre avec la pierre. Je baissais la tête, triste. Déçue, aussi, peut être. Mais au fond, il n'y avait rien à dire. J'avais simplement crû que le magicien m'empêcherait d'attendre. J'étais tellement dépitée que mon regard devenait trouble. Je ne regardais plus personne, parce qu'au fond, ils vivaient. Et moi je réalisais que j'étais là, tous les jours, pour rien, juste pour attendre mon tour. Alors, dans un murmure à peine perceptible, je susurrais au vieux Franck.

« Au fond, ça n'existe pas la magie. J'ai mal à la gorge à force d'attendre un peu de magie. La vérité, c'est qu'c'est juste une anarque. »

Je n'avais même pas voulu dire cela. Parce que, j'étais comme ça. Je voulais croire que la magie existait. La magie d'un instant, d'une vie, d'une âme. Je regrettais mes mots. Le vieux Franck m'épiait, je sentais son regard sur moi. J'attendais qu'il dise quelque chose, n'importe quoi. Mais il restait plongé dans son mutisme. J'attendais, encore, en écoutant les coups de mon c½ur dans mes artères. J'étais inquiète. Alarmé de l'avoir agacé. J'étais transi, sur le qui vive. J'aurais pût m'excuser. Mais je n'en avais pas le courage. Souvenez-vous, j'étais folle.

« Ne t'inquiète pas, Loue. Je sais bien, la magie, ça n'existe pas. »


# Online seit Montag, 31. August, 2009 um 14:19

Geändert am Donnerstag, 12. November, 2009 um 15:37

C H A P I T R E. III

C H A P I T R E. III

# Online seit Sonntag, 15. November, 2009 um 09:19

Geändert am Samstag, 19. Dezember, 2009 um 09:19